vendredi, avril 27, 2007

Banque contre microfinance : les enjeux de l'intermédiation financière dans la zone CEMAC

La restructuration bancaire des années 90 a été effectuée dans la zone CEMAC (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale) comme dans toute la zone franc, sous hypothèse d’un système bancaire au service du développement de l’économie. Le résultat s’en est trouvé biaisé dans un marché dominé par les banques d’origine étrangère dont le principal souci est la réalisation du bénéfice maximum dans des conditions optimales de sécurité. L’aggravation du hiatus entre la banque et le tissu social qui s’en est suivi va doper le secteur de la microfinance dominé par les coopératives d’épargne et de crédit. La prise en charge de ce secteur par les pouvoirs publics permet de le sécuriser et de le dynamiser. Malheureusement, de nombreuses faiblesses structurelles l’empêchent d’offrir des solutions de rechange satisfaisantes aux carences de l’intermédiation bancaire. La conflictualité des relations entre les deux secteurs compromet davantage l’efficacité du système d’intermédiation financière dont ni l’une ni l’autre composante ne fournit des solutions idoines aux besoins de la population. L’élaboration des stratégies pour y remédier est l’objet de cette étude. Elle indique les voies à suivre par toutes les parties prenantes de l’intermédiation financière, notamment l’Etat et les bailleurs de fonds qui doivent poursuivre les reformes de l’ensemble du système financier. Les buts visés sont principalement le renforcement des capacités de la microfinance et la domestication des objectifs des banques. L’implication de la microfinance et surtout de la banque par le réexamen de leur modus operandi devrait permettre d’arriver à une convergence de leurs objectifs et bénéficier à tout le système d’intermédiation financière.

etude gratuite sur :
http://www.lamicrofinance.org/resource_centers/systemeinformation/documents/?ft_order=date
Mbouombouo Ndam

lundi, avril 23, 2007

Qui souhaite investir en zone franc ?



La parité du CFA est, in fine, définie par le seul objectif de la BCE (banque centrale Européenne) de lutte contre l’inflation dans la zone euro ! En cinq ans, le dollar, monnaie dans laquelle sont cotés la plupart des produits d’exportation africains, et le yuan, monnaie qui détermine les prix des principaux biens de consommation importés en Afrique, se sont dépréciés d’au moins 40 % par rapport à l’euro. Dans un tel contexte, le maintien d’une parité fixe euro fixe CFA, étrangle lentement, mais sûrement, les pays de la zone franc.

Il n’y a pas d’avenir possible pour ces pays si le garrot d’une parité définie à Francfort en fonction de considérations qui n’ont rien à voir avec les préoccupations africaines n’est pas brisé. Un cas exemplaire nous est offert par la situation dramatique du coton africain. On en a beaucoup parlé dans les conférences internationales, à l’OMC, plus récemment au sommet France-Afrique de cannes, et aussi avec le livre d’Erik Orsenna (« Voyage aux pays du coton » Fayard). Après quarante ans d’efforts, la zone franc est devenue le deuxième exportateur mondial de coton…mais les filières qui font vivre près de 30 millions d’africains sont toutes en faillite.

Le problème ne vient pas des cours. La filière du coton africain était en meilleur santé en 2001, quand la livre valait 42 cents, qu’aujourd’hui, malgré un prix à 57 cents. Le problème Vient pour l’essentiel des évolutions monétaires. Cessons de se passer le mistigri comme à Cannes. Nous pouvons dénoncer la politique commerciale du gouvernement Bush, mais non la dicter. En revanche, il y‘a deux mesures concrètes que la France devrait prendre en concertation avec les pays concernés pour sauver ces secteurs vitaux pour des régions qui sont, rappelons-le, parmi les principales zones d’émigration vers la France.

Vu l’urgence, il faut d’abord subventionner ces filières coton africaines pour couvrir leurs pertes, ce qui coûte environ 200 millions d’euros par an C’est à peine plus de 2 % de cette APD, malheureusement largement virtuelle, que nous affichons glorieusement … Et la France pourrait entrainer dans cette tâche une aide européenne. Ensuite, il faut sortir de cette mécanique absurde de la parité fixe entre le CFA et l’euro, ce qui exige un consensus et par conséquent des délais. Seules une correction de parité et la mise en place d’un mécanisme d’ajustement souple, liant par exemple le CFA à un panier de monnaies incluant l’euro, le dollar et le yuan, permettront à ce secteur de retrouver sa compétitivité. Ce qui est vrai du coton l’est pour d’autres secteurs productifs exportateurs (caoutchouc, huile de palme, banane, ananas…) ou soumis à la concurrence internationale (industrie, production locale riz…). Ces secteurs sont étranglés par une parité inadaptée qui facilite la pénétration des produits de consommation chinois et des produits agroalimentaires subventionnés par européens. Qui souhaite investir en zone franc dans un tel contexte ?

Certains milieux se font une spécialité de dénoncer les méfaits d’une France néocoloniale en Afrique. Près de cinquante ans après les indépendances, la plupart de ces dénonciations sont surréalistes. Mais il est un domaine où la responsabilité de la France est rarement citée mais gravement engagée : le refus d’ajuster le taux de change du CFA tout au long de la seconde moitié des années 1980 et le début des années 1990 a fait perdre au moins une décennie à la zone franc. Cette situation a contribué à l’effondrement de la côté d’Ivoire. Maintenant que nous en connaissons les conséquences dramatiques, ne recommençons pas cette erreur.

Serge MICHAILOF
Professeur à Science Po en France